| INTERVIEW de JC MAILLY SITUATION DES FONCTIONNAIRES |
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Mardi, 02 Mars 2010 15:45
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«LES FONCTIONNAIRES SE DEMANDENT OÙ ILS BOSSENT»
INTERVIEW DE JEAN-CLAUDE MAILLY
PRESSE - COMMUNICATION - LUNDI 1 MARS 2010
www.acteurspublics.com: Vous avez prédit une année rock n’roll dans la fonction publique en 2010. Qu’entendez-vous par là ?
Non, les deux sont frappés. Car le gouvernement a pris l’engagement de réduire fortement le déficit budgétaire de 8,2 à 3 % du PIB d’ici 2013. S’il ne s’agit pas d’une posture visant à rassurer les autorités européennes, comment fera-t-on sans réforme fiscale et sans augmenter les prélèvements ? La seule solution qui reste est de serrer à mort sur les dépenses publiques et les dépenses sociales avec, concrètement, une accélération de la RGPP et la concession au privé de pans entiers du secteur public. La pression est très forte pour réduire la voilure. Cette question ne concerne pas seulement les agents, mais aussi et surtout les usagers et les citoyens. À FO, nous avions mobilisé dès l’été dernier, lors du vote du projet de loi à l’Assemblée nationale. L’émotion suscitée aujourd’hui tient au fait que les gens ne sont pas sots. Ils ont très bien fait le lien entre la pression sur les dépenses publiques, la mise en œuvre de la RGPP et le décret sur la mobilité qui apparaît comme le moyen d’accélérer les suppressions de postes.
Oui. Cela peut annoncer une forme de plan social ou, en tout cas, une accélération des diminutions des postes. Pour le gouvernement, aujourd’hui, la règle du “un sur deux” ne suffit pas, donc il faut se donner les moyens de faire partir les agents. Depuis le début, nous sommes contre la RGPP. Le président de la République n’a pas tenu un seul des engagements qu’il avait pris avec Force ouvrière. À l’été 2007, lors d’une rencontre avec Nicolas Sarkozy, je lui avais dit qu’on n’était pas contre des évolutions, notamment pour tenir compte des phases successives de décentralisation. Mais avant de discuter, je lui avais dit de lancer un débat à froid : “quel service public dans la République ?” Il avait dit “oui”, mais ce débat n’a jamais eu lieu…
C’était du pipeau, et j’ai refusé d’y aller. C’était un débat sur les fonctionnaires, moi, je voulais parler des services publics. Ensuite, le gouvernement a mis en place la RGPP en catimini. Pardonnez-moi le barbarisme, mais il s’agit d’une “étatisation régionalisée”. Le gouvernement casse le lien de proximité et centralise au niveau du préfet de région. Le préfet de département devient un sous-préfet de région. Dans le même temps, l’on brise le lien entre le fonctionnaire d’État au niveau départemental et son ministère, puisque désormais tout passera par le préfet de région. Je vous le dis clairement, en ce moment, dans les départements, c’est le bordel ! En “off”, les cadres reconnaissent d’ailleurs que cela pose de nombreux problèmes : malaise sur les missions, tensions dans les services, coûts supplémentaires pour les usagers… Le gouvernement s’est enferré dans la RGPP et se rend compte que sa mise en œuvre n’est pas si simple que cela.
Je pense que le gouvernement est conscient des tensions et des risques, mais l’on ne constate aucune inflexion dans la politique menée. L’une des raisons du malaise à France Télécom est que les gens, à une époque, y sont entrés pour être fonctionnaires des PTT. En une dizaine d’années, on les a poussés à changer de statut, sous peine de passer pour des ringards. On est passé d’une structure fonction publique d’État à une entreprise privée ultra-compétitive. Aujourd’hui, les services de l’État, en pleine mutation, subissent dans une certaine mesure cette dégradation des conditions de travail. Des cas de suicides, il y en a dans la police nationale ou dans l’administration pénitentiaire. Il y a des tensions à Pôle emploi. La question du stress au travail s’est amplifiée ces dernières années. Au-delà des drames humains, je rappelle que, selon le BIT, le coût du stress au travail, c’est entre 3 et 4 points de PIB, soit à l’échelle de notre pays 60 milliards d’euros…
Il faut revoir tout ce qui conduit à l’individualisation des relations du travail, pas seulement en termes de rémunérations. Par exemple, il faut remettre en cause les entretiens individuels d’évaluation et de performance.
Il y a deux questions de fond. Celle du financement d’abord. Oui, il y a un problème. Et puis il y a un choix de société. Tout le monde s’est félicité que, pendant la crise, la France ait mieux résisté que d’autres grâce aux amortisseurs sociaux. On ne peut pas dire : “c’est utile en temps de crise” et après casser ces amortisseurs… Aujourd’hui, notre priorité est celle du financement. Pour le reste, nous refusons de transformer le système par exemple en régime par points. On n’acceptera pas non plus la remise en cause de l’âge légal de départ à la retraite de 60 ans, ni l’allongement de la durée de cotisation. Au nom de quoi parce qu’on vit plus longtemps, devrions-nous travailler plus longtemps ? Si on suit cette logique jusqu’à l’absurde, les femmes devraient travailler plus longtemps puisqu’elles vivent plus longtemps… Il va y avoir, et cela a déjà commencé, une tentative d’opposer public et privé. Quand on raisonne en termes de taux de remplacement, dans la fonction publique, il n’est pas de 75 %, compte tenu de la part des primes dans le salaire. Quand on nous dit que la pension moyenne des fonctionnaires est plus élevée, c’est vrai, mais en incluant les enseignants, qui sont cadres. La moyenne augmente donc mécaniquement, puisque les enseignants sont nombreux. Ce qui gêne l’État, c’est qu’il doit endosser cette charge directe. Les pensions des fonctionnaires sont effectivement prises sur le budget de l’État. La tentation est donc grande de déconnecter les retraites du budget. Pour nous, ce serait une remise en cause inacceptable du statut de la fonction publique.
Je ne vois pas comment une organisation pourrait dire “banco” sur la remise en cause des 60 ans ou l’allongement de la durée de cotisations. Elle prendrait des risques. La vraie question est la suivante : si le gouvernement annonce des réductions de droits, y aura-t-il une possibilité d’entente entre les organisations pour mobiliser réellement ?
Les syndicats n’auront pas une identité de vue complète. Aujourd’hui, il y a des approches différentes entre les organisations, ce sera compliqué.
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